Comment acheter du Vin.

 

Depuis une bonne dizaine d’années, de nouveaux réseaux de commercialisation des vins se sont ouverts aux particuliers. Traditionnels ou originaux, avec leurs atouts et leurs faiblesses, ils sont devenus indispensables dans toute stratégie d’achat.

La propriété

Humainement, rien ne vaut le contact personnel avec le propriétaire d’un domaine, et c’est pour cette raison essentielle que l’achat en direct a toujours les faveurs de nos compatriotes. Celui-ci peut avoir été induit par la découverte d’un vin lors d’un repas (professionnel, amical), d’une foire aux vins, par l’intermédiaire d’un caviste ou d’un guide spécialisé.

Deux possibilités s’offrent alors à vous : soit au cours d’un déplacement dans la région vous prenez un indispensable rendez-vous avec le vigneron (sinon vous risquez de trouver porte close) pour déguster à nouveau ses vins et les acheter. A la clé, l’économie, partielle, de la marge du revendeur, et surtout des frais de transport.

Soit, sûr de vos choix, vous passez commande par téléphone en vous renseignant très précisément sur les conditions pratiques de livraison (nom et coordonnées du transporteur, jour, voire heure de livraison). Sachez cependant que, quelle soit la région d’origine du vin, les coûts de transport sont élevés pour une commande de 12 à 24 bouteilles, et rogne de ce fait le gain financier escompté par un achat à la source. D’autre part, compte tenu des conditions commerciales favorables consenties par les domaines aux professionnels, il est parfois plus avantageux d’acheter le même vin chez un caviste ou, quelquefois, dans une grande surface !

A FAIRE : se regrouper avec des amis ou des collègues de travail pour un envoi en quantité (quoique la logistique de répartition soit parfois un peu lourde) ; acheter en connaissance de cause (origine, millésime, cuvée) ; se faire expédier les tarifs chaque année et se renseigner sur la qualité du millésime (de garde ou non).
A ÉVITER : procéder à l’aveugle dans un vignoble en suivant une pancarte quelconque ; se fier à des proches sans avoir goûté le vin ; transporter vos bouteilles en pleine canicule dans le coffre de votre voiture (elles s’altèrent) ; s’adresser directement à une grande maison de champagne ou un prestigieux château bordelais (financièrement inintéressant).

Les salons.

Saluons d’abord les vénérables ancêtres que sont la Foire de Paris et le Salon de l’agriculture : la première arbore un intérêt limité en raison des tarifs pratiqués (rappelons qu’il s’agit de la plus grande foire commerciale de l’Hexagone) et la seconde n’est qu’une large mais restrictive (en qualité) vitrine de la viticulture française. En dehors de ces deux manifestations, d’autres sont apparues à l’instar du Salon des caves particulières (pas de coopératives, ni de négociants) ou du Salon des grands vins, sans compter les manifestations locales ou régionales.

A toutes, on reconnaîtra un formidable avantage : celui de présenter sur une surface restreinte tout une gamme d’appellations que l’on n’aurait pas eu l’occasion de découvrir dans d’autres circonstances, et même de très grands vins (dans le salon du même nom). Mention spéciale sera en outre décernée au Salon des caves particulières (dit également des vignerons indépendants) : par son ampleur, la qualité fort honorable (en moyenne) de ses exposants, la possibilité d’acheter sur place (mieux vaut prévenir à l’avance le vigneron que vous connaissez) et les tarifs pratiqués (ce sont ceux de la propriété), il demeure l’une des manifestations du genre des plus intéressantes, quoique très (trop) fréquentée.

A FAIRE : cibler au préalable le type de vins que vous souhaitez déguster pour ne pas se disperser ; conserver, pour l’avenir, les coordonnées et tarifs des propriétaires ; revenir plusieurs fois si possible et en début de journée car l’ambiance est plus sereine.
A ÉVITER : céder aux achats d’impulsion (les vapeurs éthyliques jouant un grand rôle dans les prises de commande sur un stand) ; croire que ce sont les meilleurs vins français, dans leur appellation respective, qui répondent présents lors des salons.

Les foires aux vins.

Leur développement continu depuis la fin des années 80, lié à la croissance de la grande distribution, autorise désormais à en tirer les lignes de force. Le combat des grandes surfaces se livre en effet sur trois fronts : les volumes, les prix, les bordeaux. Et subsidairement sur la sélection. Qu’on ne s’y trompe pas, les foires aux vins en effet,, sont avant tout destinées à faire du chiffre, à doper les ventes de bouteilles, et le plus gros des volumes et des appellations proposés n’est guère miraculeux en qualité.

Excepté pour les crus bourgeois et classés bordelais, qui fonctionnent comme de véritables marques commerciales. Le jeu de comparaison, pour un millésime identique, des prix et des références affichés dans les catalogues en vaut la chandelle. D’autre part, les opérateurs de la grande distribution étant particulièrement bien placés sur le marché girondin, il est courant que les châteaux proposés le soient à un prix similaire, ou presque, que lors de leur sortie en primeur. Petit correctif à ce panorama idyllique pour tout amateur de bordeaux qui peut faire alors moisson pour sa cave et pour l’année, voire plus : les plus grands vins et les plus cotés, dans les grands millésimes (2000 par exemple), sont aux abonnés absents dans les rayons des hypers, tout simplement parce qu’ils sont trop coûteux ; ou, s’ils répondent présents, ils ne brillent pas par leur prix amical.

A FAIRE : bien cibler ses achats éventuels ; comparer les tarifs entre enseignes; essayer de se glisser dans les soirées privées précédant de quelques jours les foires aux vins (s’adresser au responsable du rayon) ; se rendre dans l’enseigne visée le premier jour de la foire ou 24 heures avant au moment où on garnit les linéaires.
A ÉVITER : acheter autre chose que des bordeaux de châteaux dûment répertoriés par vos soins ; croire que les petites millésimes (1999, 2001 par exemple) en crus bourgeois, voire classés, pourront se garder deux décennies ; se précipiter sur les promos, style « cinq bouteilles achetées, la sixième offerte ».

Les enchères.

Il s’agit d’un monde clos, avec ses règles, ses initiés, ses moments forts, voire ses petits arrangements. Mais aussi un monde où l’on se procurera des vins bien conservés (il ne faut pas de gros dépôt en fond de bouteille, une robe brillante et un niveau normal), prêts à boire et qui se sont raréfiés sur le marché. Si les vins proposés sont quelquefois de véritables antiquités (Latour 45, Yquem 24) et des étiquettes dites spéculatives (Rayas en châteauneuf, Lafon en bourgogne, La Mouline en côte-rôtie), la multiplication des ventes, en particulier lors de la période précédant Noël, et la remise sur le marché des enchères de millésimes relativement récents (95-96 en bordeaux) ou d’appellations dans la fleur de l’âge (Languedoc, Sud-Ouest, Provence…) à des tarifs non réactualisés rendent les bonnes affaires possibles. Tout en prenant quelques précautions : viser des études spécialisées en la matière (Art Curial, Loudmer…), se procurer le catalogue, l’étudier, voir les vins avant la vente (on éliminera les bouteilles aux bouchons coulants, aux capsules desséchées, au niveau bas, etc.) et surtout ne pas hésiter à s’entretenir avec les experts présents (ou par téléphone) sur les achats envisagés. Il faut en outre avoir l’humilité de ne pas jouer au spécialiste, de cibler étroitement ce qui intéresse, de décrocher quand les enchères grimpent et de repartir bredouille si nécessaire. Sinon, la vente aux enchères ressemblera à un tapis de casino.

A FAIRE : assister sans acheter à deux ou trois ventes, pour en discerner le fonctionnement ; se procurer les catalogues (ou les consulter par Internet) pour mieux les étudier ; faire l’impasse sur les crus spéculatifs ; tabler sur les grands vins de bordeaux (et des millésimes corrects) lorsqu’ils ont 15 à 20 ans d’âge.
A ÉVITER : oublier que les vins ont une cote ; se laisser entraîner dans le jeu des enchères ; se faire refiler des « rossignols » (origine médiocre, millésime passé) ;

Internet

Il n’y a pas plus virtuel, immatériel que l’achat par la médiation de l’ordinateur, même si sur le fond c’est une traditionnelle vente par correspondance (VPC) ! Pourtant, et malgré d’inévitables déroutes lorsque la bulle des jeunes pousses du Net a crevé, certains opérateurs ont survécu. En dehors du fait que consulter un catalogue sur écran est dénué de poésie, on trouvera cependant avantage à naviguer sur le Web : l’offre est en général assez souvent réactualisée (c’est très vrai au moment de la sortie des primeurs bordelais), c’est un bon outil pour dénicher certaines bouteilles rares et quelques sites brillent par l’ampleur de leur sélection ou leur spécialisation (bordeaux, par exemple). A notre avis, les sites sur Internet doivent surtout être utilisés comme une source d’information et d’achats complémentaires et, à ce titre, être consultés fréquemment.

A FAIRE : consulter régulièrement les sites pour des achats précis, ponctuels, et plus précisément en crus bordelais (primeurs, foires aux vins) ; vérifier votre commande lors de la livraison ; faire jouer le délai de rétractation (7 jours) si vous n’êtes pas satisfait.
A ÉVITER : acheter n’importe quoi en fonction des prix ; s’adresser à des marchands de rêve (des tarifs trop bas peuvent cacher une escroquerie potentielle) ; autoriser les sites à communiquer vos coordonnées à d’autres sociétés.

Les cavistes.

L’explosion quantitative des moyennes et grandes surfaces a eu au moins un avantage : elle a réhabilité les commerces de proximité et de qualité. Parmi eux, les cavistes qui apportent une dimension humaine au vin et offrent deux atouts maîtres : sans eux, ni découvertes ni conseils en bas de chez soi, et les super et hypermarchés seront toujours à la traîne sur ces deux chapitres. Certes, les prix sont toujours un peu plus élevés qu’à la source, et souvent les cavistes ont décroché sur le terrain des grands bordeaux pour cause de concurrence des hypers. Mais ils sont inégalables sur les petits propriétaires, sont capables de vous dégoter des vins rares et aussi de faire des efforts tarifaires lors de promotions ou si vous achetez en quantité.

A FAIRE : s’entretenir avec le caviste pour déterminer quels sont « vos goûts et vos couleurs » ou ceux de vos convives ; s’adresser à lui pour des achats pointus ; demander des conseils pour les alliances mets et vins.
A ÉVITER : rechercher avant tout un prix ; croire qu’on ne peut se faire livrer.

Les autres réseaux

Bien acheter passe d’abord par bien s’informer. Et, si l’on se pique de vins, c’est une attention de tous les instants. Aussi, dès que vous « croisez » un vin attirant, sortez vite votre bloc-notes pour noter l’origine (appellation, coordonnés du propriétaire, nom de la cuvée) et le millésime. Pour plus de certitudes et en vue d’un achat en quantité, regoûtez-le après l’avoir déniché chez un caviste ou au restaurant. D’ailleurs, dans ce type d’établissement, et plus encore dans un bar à vins, efforcez-vous de mettre l’homme de l’art, le sommelier ou le patron, dans votre poche. Très souvent, ceux-ci sont diserts, de grande compétence et de bon conseil. En outre, s’ils constatent que vous êtes passionné et disponible, ils pourront vous inviter dans des salons réservés aux professionnels, dans certains cas vous faire bénéficier de leurs conditions avantageuses de livraison et même vous mettre en rapport avec leurs agents commerciaux indépendants. Côté bordeaux primeur, il vaut mieux s’adresser directement à la « place bordelaise »  ; excepté lorsque les prix grimpent pour un millésime réputé petit : dans ce cas, attendre que les vins se retrouvent en grandes surfaces (actuellement les 2001 et 2002).

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